Mavi rigoooole pas

Il y a deux ans, j’ai reçu une liste de compliments de la part de mes collègues. A la demande de la manager, lors de la journée mondiale du compliment, nous en avions tous rédigés un pour chaque personne du département. Ce n’est qu’au premier anniversaire suivant, que nous avons su pourquoi : les compliments concernant la personne qui fêtait un nouveau printemps apparaissaient sur l’écran où s’affichaient généralement les statistiques de nos sites. J’ai quitté l’entreprise et ces merveilleux collègues trois semaines avant mon anniversaire mais les compliments n’ont pas été oubliés : ils m’ont été offerts sur une énorme carte souvenir que je garde encore, un rappel de bons sentiments. Une chose m’a frappée à la lecture de ceux-ci : la qualité la plus citée était « sincère » et honnêtement, j’en étais très fière. Je le suis encore d’ailleurs. Je ne tolère pas l’hypocrisie, la duplicité, les masques et autres faussetés. Et c’est pour ça que je ne supporte pas l’expression « je rigoooole ». Entends-nous, moi aussi, je rigole, mais pas avec 4 o. « Je rigoooole » est à une opinion, ce que « Je peux te dire quelque chose sans que tu te fâches ? » est à une cajolerie.
Cette personne que vous connaissez à peine qui, lorsque vous annoncez votre bêtise « Laisse tomber, je dis une connerie » répond « Comme d’hab, quoi » pour faire rire la galerie est à ranger sur la même étagère que les « parce que t’es moche/ vieille » ou tout autre attaque digne d’une cour de récré. Ce n’est que le besoin de diminuer l’autre pour s’élever, en bon un ado qui manque de confiance en soi ;  le but est rarement de blesser l’interlocuteur mais de fermer ses propres cicatrices.
C’était certainement le cas du narcissique (ben oui, moi aussi) qui m’a servi de copain il y a maintes années et pour quelques brefs rendez-vous. C’était le clown de service, celui qui se donnait en spectacle (littéralement : il avait un répertoire de personnages dont ils faisaient les voix, comme celle de la petite vieille… brrr). Après un dîner avec ses amis où j’avais fait rire les convives, son attitude vis-à-vis de ma tendance à l’anecdote a radicalement changé. A partir de ce jour, je me suis ramassée des « T’as pas encore fini ton histoire ?!» réguliers agrémentés d’un « je rigoooole » à la vue de mon expression. J’avais beau résumer, je me faisais interrompre « Je peux parler, maintenant ? ». Ajoutez ceci à un « je rigoooole » pour justifier un « j’aurais peut-être dû sortir avec ta sœur » ou un autre pour revenir sur son «  Tu es une raciste des francophones ! » (tous ensemble : hahahahahahah !) m’ont aidée à m’éloigner dans le soleil couchant sans me retourner.

Si tous ces « je rigoooole » sont des attaques personnelles, les pires restent ceux qui suivent un énoncé tellement choquant qu’on ne peut s’empêcher d’ouvrir les yeux grands comme des soucoupes. C’est le déclencheur pour que l’autre fasse machine arrière de la façon la plus subtile qu’il soit : « Mais je rigoooole, hein ! ». Ah, mais ça va, si tu rigooooles, on oublie que tu es xénophobe/homophobe/misogyne… et que tu pensais que je l’allais être d’accord : au temps pour moi.
Et non, ce n’est pas que je manque d’humour, c’est que c’est pas drôle. On ne me berne pas en ajoutant des o.

Après, j’avoue qu’il y a au moins eu une circonstance où j’aurais aimé entendre le « je rigoooole » pas sincère. J’avais 19 ans et j’avais accepté d’aller au ciné avec une connaissance. Je n’ai compris qu’il s’agissait d’un rendez-vous galant qu’en constatant sa nervosité et les maladresses qui en ont découlé. Me tenir la porte d’un doigt en regardant droit devant lui et la lâcher sans s’assurer que je la tiens (et oui, je me la suis prise), sortir en plein film, revenir avec une glace et me la tendre alors qu’il avait déjà mordu dedans « T’en veux ? » étaient de menus détails. L’apogée fut atteinte lorsque dans la salle au trois-quarts vide et dans un moment de silence dramatique (Nicolas Cage n’était plus un ange, bon sang!), il s’est penché au-dessus de moi et a lancé sans essayer de chuchoter :

– Tu peux respirer moins fort ?!

La honte. Je me suis enfoncée dans mon siège, j’étais persuadée que tout le monde l’avait entendu. Je n’avais pas encore subi la fameuse opération dont je parle dans Mavi déteste courir, je n’avais donc qu’une seule narine en bon état de fonctionnement. A ce moment-là, j’aurais aimé qu’il ajoute « Je rigoooole », histoire de pouvoir faire semblant de rire et de respirer par la bouche par la même occasion. Il ne l’a pas fait. J’ai donc passé le reste du film en apnée.
Enfin, tout ça pour dire : arrêtez de rigooooler, ayez le courage de vos opinions. Si vous n’avez rien de gentil à dire, taisez-vous, mais si vous voulez faire un compliment, ne vous retenez pas, hein. Personnellement, j’adore en faire, mais ça, c’est une autre histoire…

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