Mavi fait des compliments

– On t’a déjà dit que t’étais belle ?
C’était une question rhétorique, un compliment basique, mais je me suis surprise à réfléchir. J’avais 19 ou 20 ans et mon interlocuteur était un habitué de la boîte dont j’étais moi-même une habituée. C’était mon pote du vendredi depuis quelques vendredis et si sa question était une tentative de drague, je ne m’en suis pas rendue compte. Force était de constater que…
– Non.
Ça lui en a fait tomber les bras.
– Comment ça, « non » ? C’est une blague ?!
– Ben, non. Je viens de réaliser qu’on ne me l’a jamais dit.

Ne pleurez pas pour moi, on me l’a dit depuis. Souvent. Dans différentes circonstances, certaines plus mémorables que d’autres. Par exemple, le jour où j’avais dû me rendre d’urgence chez mon copain de l’époque qui avait une grippe et était donc mourant. Il avait besoin de sirop, c’était une question de vie ou de mort ; je n’avais donc pas pris le temps de me changer. Je portais ma tenue cocooning blocus, de vieilles fripes, quoi, dont un pantalon devenu trop grand que je retournais à la taille pour le remonter (alerte fashionista). A un moment où je me pensais seule dans le salon, je m’étais mise à me trémousser devant MTV. Une voix derrière moi avait interrompu mes déhanchements :
– Qu’est-ce que tu es belle…
Je n’étais pourtant pas présentable ! Je sais, vous aussi vous avez les yeux en cœurs. A-do-ra-ble… Plus trop quelques semaines plus tard, quand il m’a larguée et que je parlais de cette rupture à mon amie. Je ne pouvais arrêter le flot de larmes jusqu’à entendre :
– Qu’est-ce que t’es belle quand tu pleures…
C’est faux. Quand je pleure, même s’il ne coule qu’une seule larme, mon nez devient rouge pivoine. Si je pleure vraiment, mes yeux s’accordent chromatiquement et gonflent. Je suis au top de ma laideur quand je pleure, mais ce compliment rempli d’amour sincère m’a fait sourire.
Je ne sais pas si c’est ce jour-là ou si c’était à force de fréquenter cette amie en particulier, mais un jour, je me suis mise à faire des compliments sans peur. Car oui, admettons-le, les compliments gratuits ne sont pas monnaies courantes. Du moins, pas en dehors de mon entourage. C’est tellement rare qu’il m’est arrivé plus d’une fois de lancer un « Tu es particulièrement belle/élégante/rayonnante aujourd’hui » à une collègue et de la voir me scanner, tout en me remerciant, avant de bégayer un « Et j’aime ton pull ! ». J’en ris « Je ne te le disais pas pour que tu me complimentes mais merci. »
C’est encore plus délicat avec les hommes. Comme pour les blagues, il faut connaître son public et s’assurer qu’il vous connaisse également. J’ai attendu de le côtoyer en réunion pendant quelques mois avant de dire à un collègue :
– Il faut que je te le dise : j’adore ton style !
– Oh, merci ! Moi, j’adore le tien !
– Oh, merci ! (Faut-il préciser que les pantalons une taille trop grande n’étaient plus d’actualité ?)

Evidemment, les compliments ne doivent pas tous avoir trait au physique. Souligner la poésie d’une réflexion, la perfection d’une œuvre, la bonté, la générosité, le professionnalisme… tout se prête au compliment. Par contre, il est un fait que l’apparence est ce que l’on voit.
Il m’est arrivé de dire à de parfaits inconnus que je les trouvais beaux parce que leur sourire à tout à coup éclairé la pièce ou parce que leur regard m’a remué l’âme. Un soir en rue, lorsque je vivais à Barcelone, mon groupe d’amis en a croisé un autre dans lequel une jeune femme m’a frappée (pas littéralement sinon le titre aurait été « Mavi se prend des pains »). J’ai rebroussé chemin.
– J’arrive, les gars. Oyé, perdona!
J’ai accosté cette merveilleuse femme en espagnol :
– Je suis désolée mais il fallait que je te le dise sans aucune arrière-pensée : tu es incroyablement belle.
Son visage s’est illuminé et un « Gracias » ému m’a accompagnée alors que je m’éloignais, satisfaite.

J’aime imaginer avoir été un petit rayon de soleil dans une journée peut-être maussade. Comme l’autre jour où, en quittant une administration, j’ai remercié la fonctionnaire :
– En tout cas, merci. Si jamais, j’ai un doute, je reviendrai. Tout le monde est tellement sympathique ici.
Ses traits ont changé et elle m’a remerciée en rebondissant un peu sur sa chaise.
Vous êtes-vous déjà dit en voyant quelqu’un sourire qu’il ou elle ne devrait pas parce que ça les rend moches ? Non. Un sourire embellit tout visage et toute journée. Dès lors, pourquoi s’en priver ?
« Souriez à la vie et la vie vous sourira » dit-on. Mais ça peut marcher dans l’autre sens aussi : faites sourire la vie et vous en sourirez.
Allez, faites des compliments gratuits ; vous verrez, ça rapporte.

2 commentaires

  1. Alexandre

    “Finalement on est très mal élevé parce qu’on a beaucoup trop de pudeur et qu’on ose jamais plus dire aux gens qu’on les aime bien. Alirs ce soir je vais vous le dire : je vous aime bien!”

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s